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n’existerait plus ; nous serions retournés à la barbarie. Dans l’État, vous propagez la destruction de l’État. Mais votre existence même est garantie par l’État. Si l’État n’existait pas, vous n’existeriez pas ; on n’aurait jamais entendu parler de vous. Vous seriez tous des esclaves des Scythes ou des premières tribus sauvages qui vous auraient découverts. Vous êtes comme une tumeur qui détruit le corps, quoique ne vivant que sur le corps. Le corps lutte contre la tumeur et la détruit. Nous ne pouvons agir autrement envers vous. Aussi, malgré ma promesse de vous aider à obtenir ce que vous désirez, je regarde votre doctrine comme la plus vile et la plus pernicieuse. Vile, parce que je trouve qu’il n’est ni honnête ni juste de mordre le sein qui vous nourrit. Or c’est ce que vous faites, vous qui voulez profiter des bienfaits de l’État, et non seulement ne voulez rien faire pour soutenir l’organisation qui rend possible l’existence de l’État, mais tentez de le détruire.

— Il y aurait beaucoup de vérité dans tes paroles, dit Pamphile, si, en effet, nous vivions comme tu penses. Mais tu ne connais pas notre vie et tu te fais d’elle une idee fausse. Vous autres qui avez des habitudes de luxe, vous avez peine à vous imaginer combien il faut peu à l’homme pour exister sans privations. L’homme est ainsi fait que, tant qu’il jouit de sa santé normale, il peut obtenir par le travail de ses mains beaucoup plus qu’il n’a