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ses commandements. Admettons cela. Tout de même la vie selon leur doctrine ne soutiendra pas l’analyse. Il n’y aura pas de vie ; la vie cessera. Ceux qui vivent actuellement continueront à vivre, mais leurs enfants ne vivront pas, ou certainement pas plus d’un sur dix. Suivant leur doctrine, les enfants devraient être égaux, les parents n’ayant pas plus de préférence pour leurs propres enfants que pour ceux des étrangers. Dans ces conditions, comment ces enfants seront-ils élevés et protégés contre tous les dangers qui les entourent, quand nous voyons que tout l’amour passionné que la nature a donné à la mère pour ses enfants suffit à peine à les préserver de la mort. Qu’arrivera-t-il si cette passion se transforme en une compassion générale pour tous les enfants ? Quel enfant prendre et conserver ? Qui passera les nuits près de l’enfant malade si ce n’est la mère ? La nature a donné à l’enfant une cotte de mailles dans l’amour maternel ; les chrétiens l’enlèvent et ne mettent rien à la place. Qui va donner l’instruction à l’enfant, l’éduquer, pénétrer jusqu’au fond de son âme, si ce n’est son père ? Qui va le protéger des dangers ? Tout cela est enlevé par le christianisme, qui enlève la vie elle-même, c’est-à-dire la continuation du genre humain.

— C’est juste, dit Jules, emporté par l’éloquence du médecin.

— Non, mon ami, détourne-toi de ces idées irré-