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défendent. Vous ne reconnaissez pas la propriété et vous en jouissez. Nos frères l’ont et vous la donnent. Toi-même tu ne veux pas donner gratuitement les raisins que tu apportes, tu les vends, et ensuite, à ton tour, tu feras des achats. Tout cela est une tromperie. Si vous faisiez comme vous dites, je pourrais comprendre votre position, mais, de la façon dont vous agissez, vous vous trompez et trompez les autres.

Jules s’animait et disait tout ce qu’il avait sur le cœur. Pamphile l’écoutait sans mot dire. Lorsque Jules cessa de parler, il reprit :

— Tu te trompes en disant que nous profitons, sans la vouloir reconnaître, de la protection que vous nous accordez. Notre bonheur est précisément en cela que nous n’avons pas besoin de protection ; aussi nul ne peut-il nous l’enlever. Si les objets matériels, que vous regardez comme la propriété personnelle, passent dans nos mains, nous ne les regardons pas comme nous appartenant, nous les remettons à ceux qui en ont besoin. Il est vrai que nous vendons des raisins à ceux qui désirent en acheter, mais ce n’est pas pour le gain, c’est uniquement afin d’obtenir ce qui est nécessaire à la vie de ceux qui ont besoin. Si quelqu’un voulait nous prendre ces raisins, nous les abandonnerions sans la moindre résistance. Par cette même raison nous n’avons rien à craindre des barbares. S’ils désiraient nous priver des produits de notre