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— Votre mensonge, voici en quoi il consiste : Pour délivrer l’homme des malheurs inséparables des affaires de la vie, vous niez toutes ces affaires, et la vie elle-même. Afin d’épargner à l’homme la désillusion, vous renoncez à toutes les illusions, vous n’admettez pas même le mariage.

— Nous ne répudions pas le mariage, protesta Pamphile.

— Si vous ne répudiez pas le mariage, alors c’est l’amour que vous n’admettez pas.

— Au contraire ! Nous répudions tout sauf l’amour. L’amour est pour nous la base de tout.

— Je ne te comprends pas, dit Jules. D’après ce que j’ai entendu des autres, et du fait que toi-même, qui es en âge d’être marié, ne l’es pas encore, je m’étais imaginé que chez vous le mariage n’existait pas. Ceux qui sont mariés restent dans les liens conjugaux, mais les autres ne contractent pas mariage. Vous ne pensez pas à la propagation de la race humaine. Si la terre n’était peuplée que de chrétiens, l’humanité cesserait d’exister, dit Jules, répétant ce qu’il avait entendu maintes fois.

— Ce n’est pas exact, répondit Pamphile. Il est vrai que nous n’avons pas pour but la perpétuation de la race humaine, et que nous faisons de cela moins de cas que n’en font certains de vos sages. Nous supposons que notre Père en prendra lui-même soin. Notre but à nous est de vivre confor-