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bien, tant que cela fut de ton âge. Mais le temps a passé, tu es devenu homme tout en continuant à t’adonner aux plaisirs de la jeunesse. Voilà ce qui est mal. Tu es maintenant arrivé à l’âge où l’homme doit devenir citoyen et servir la patrie, et travailler pour le bien public. Ton père te propose de te marier. Son conseil est sage. Une période de ta vie a pris fin, la jeunesse ; tu passes à une autre. Tous tes doutes, toutes tes souffrances ne sont que des symptômes de cette transformation. Regarde résolument la vérité en face, tu reconnaîtras que la jeunesse est passée. Rejette donc tout ce qui appartient à cette époque de ta vie, et, sans plus t’attarder, marche dans la voie qui convient à l’homme fait. Marie-toi ; renonce aux amusements frivoles de la jeunesse ; applique ton esprit au commerce, aux affaires publiques, aux sciences, aux arts, et non seulement tu te réconcilieras avec ton père et tes amis, mais tu trouveras le repos et le bonheur. Ce qui t’a surtout troublé, c’est l’anomalie de ta situation. Aussi te conseillerais-je tout d’abord d’accéder au désir de ton père, de te marier. Si tu crois que l’isolement et la retraite que tu allais chercher près des chrétiens puissent avoir des charmes pour toi, si l’étude de la philosophie t’attire davantage que l’activité publique, tu ne peux t’y adonner fructueusement qu’après avoir reconnu ce qui est la vraie vie. Tu ne peux acquérir cette connaissance qu’en deve-