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sions. Le jeu des passions et les conflits qui en résultent retiennent les hommes dans les conditions de la vie où ils se trouvent. Les barbares ne connaissent aucune entrave, et un seul d’entre eux, donnant libre cours à ses instincts et à ses passions, détruirait le monde entier si tous les hommes se résignaient humblement, comme les chrétiens, à le supporter. Si les dieux ont doué les hommes de sentiments de colère, de vengeance, de haine même contre les méchants, ils l’ont fait parce que ces sentiments sont nécessaires à la conservation de la vie humaine. Les chrétiens prétendent que ces sentiments sont mauvais, que sans eux les hommes seraient heureux ; qu’il n’y aurait plus d’assassinats, de supplices, de guerres. Cela est vrai comme de supposer que pour leur bien-être les hommes ne doivent pas manger. Dans ce cas, en effet, il n’y aurait ni avidité ni faim, ni toutes les calamités qui en résultent. Mais cependant cette supposition ne change pas la nature humaine. Si quelques individus, vingt ou trente, voulaient faire cette tentative et renonçaient à manger, ils mourraient de faim et cela ne changerait en rien la nature humaine. Il en est ainsi de toutes les autres passions : l’indignation, la colère, l’orgueil, la vengeance, l’amour sexuel, l’amour du luxe, de la gloire, qui sont propres aux dieux, et sont les traits naturels de l’homme. Supprime la nourriture de l’homme, l’humanité disparaîtra. De même si tu