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nous importe peu. Nous vivons ainsi non pour le monde, mais parce que nous trouvons que c’est le seul moyen d’obtenir la vie et le bonheur.

— Il est impossible de ne pas vivre pour soi-même, objecta Jules. Les dieux eux-mêmes veulent que nous nous préférions aux autres et que nous recherchions tout ce qui peut procurer la joie et le plaisir. Vous autres, chrétiens, c’est exactement ce que vous faites. Tu viens de me dire que parmi vous il en est qui ont pitié d’eux-mêmes. Ils rechercheront de plus en plus la joie et rejetteront de plus en plus votre religion et feront absolument ce que nous faisons.

— Non, répliqua Pamphile. Les nôtres suivent une autre voie ; ils ne faiblissent jamais, mais deviennent de plus en plus forts, comme le feu qui ne s’éteint jamais tant qu’on y jette du bois. Car c’est le propre de la foi.

— Je ne vois pas bien en quoi consiste votre foi.

— Notre foi consiste à comprendre la vie telle que Christ l’a expliquée.

— Comment cela ?

— Le Christ racontait la parabole suivante : Des vignerons cultivaient une vigne plantée par un propriétaire auquel ils devaient payer une redevance. Nous qui vivons dans le monde, nous sommes ces vignerons ; nous devons un tribut à Dieu : nous devons accomplir sa volonté. Mais ceux