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le troublait souvent. Il avait des doutes, mais ne pouvait tout connaître, et attribuait cela à son ignorance. Il était marié et avait eu quatre enfants ; trois étaient morts en bas âge, il ne lui restait plus qu’un fils nommé Jules.

Juvénal avait reporté sur ce fils toute son affection et ses soins. Il s’appliquait avant tout à l’élever de façon à lui épargner plus tard, dans la vie, tous les doutes dont lui-même était assailli. Lorsque Jules atteignit sa quinzième année, son père le confia aux soins d’un philosophe, qui était venu s’établir dans leur ville, et qui acceptait comme élèves des jeunes gens. Il confia son fils à ce maître, en même temps qu’un camarade de son fils nommé Pamphile. Pamphile était le fils d’un de ses esclaves affranchis, décédé. Les jeunes gens étaient du même âge, tous les deux beaux garçons, et amis. Ils s’appliquèrent sérieusement à l’étude et tous deux eurent une conduite exemplaire. Jules montrait un goût particulier pour la poésie et les mathématiques, tandis que Pamphile préférait la philosophie. Un an avant le terme fixé pour la fin de leurs études, Pamphile vint un jour informer son maître que sa mère, qui était veuve, allait quitter la ville pour s’établir à Daphné, et qu’il se voyait obligé d’interrompre ses classes. Le maître déplora la perte d’un élève qui lui faisait tant d’honneur. Juvénal le regretta aussi : Mais personne n’en fut plus affligé que