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puis retournait à la maison, et, tranquillement, se mettait à table et lisait le livre saint ? Qu’y avait-il dans l’âme de ces commandants de régiments et de bataillons qui (j’en ai connu de tels) la veille, au bal dansaient la mazurka avec une jolie femme, et partaient plus tôt afin de pouvoir, le lendemain de bonne heure, donner les ordres pour faire passer aux baguettes jusqu’à la mort, un soldat tartare qui s’était enfui ou avait assassiné un homme, puis rentraient dîner à la maison ? Tout cela s’est fait pendant les règnes de Pierre, de Catherine, d’Alexandre, de Nicolas ; il n’y a pas une époque au cours de laquelle on ne trouve de ces horribles faits que nous ne pouvons comprendre. Nous ne pouvons comprendre comment les hommes pouvaient ne pas voir sinon la cruauté brutale de ces horreurs, du moins leur insanité. Il y en a eu dans tous les temps, le nôtre est-il donc si heureux que nous ne puissions en trouver de semblables, n’y a-t-il pas tels actes qui paraîtront à nos descendants aussi incompréhensibles ?

Il y a les mêmes actes et les mêmes horreurs, mais seulement nous ne les voyons pas, de même que nos aïeux n’ont pas vu ceux de leur temps. Non seulement la cruauté mais l’insanité des bûchers et de la torture judiciaire comme moyens de savoir la vérité est maintenant évidente pour nous. L’enfant en comprend l’absurdité. Mais les hommes d’autrefois ne le voyaient pas, Les gens raisonnables,