Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/117

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


main et tous frappent la victime ; derrière les soldats circulent des officiers qui crient : « Frappe plus fort, frappe plus fort ! » Le vieillard criait ces mots d’une voix impérieuse, se les rappelant avec une satisfaction évidente, et imitant ce ton de bravoure autoritaire. Il racontait ces détails sans regrets, comme s’il se fût agi de boeufs destinés à la boucherie. Il disait comment un malheureux fut traîné aller et retour, entre les files ; comment l’homme frappé résiste et tombe ; comment on aperçoit tout d’abord les traînées sanglantes ; comment le sang coule ; comment tombe en lambeaux la chair meurtrie ; comment on aperçoit les os ; comment le malheureux crie d’abord, puis hurle sourdement à chaque coup, puis se tait ; comment le médecin préposé s’approche, examine le pouls, regarde et décide si l’on peut encore battre l’homme sans le tuer ou s’il faut attendre qu’il soit guéri pour recommencer et achever de lui donner la quantité de coups que des bêtes féroces, Palkine en tête, ont décidé de lui donner ; le docteur emploie sa science à empêcher l’homme de mourir avant d’avoir enduré tous les tourments que peut supporter son corps. Quand il ne peut plus marcher, on le met sur un manteau et on le porte à l’hôpital où on le soignera-pour lui donner, quand il sera guéri, les mille ou deux mille coups qu’il n’a pas encore reçus et qu’il n’a pu supporter en une fois. Il racontait que les soldats deman-