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à droite, puisqu’il la tenait de la main droite. Mais aussitôt il se rappela qu’il fallait mettre la main gauche, et il la mit aussi sur le tapis ; mais il était déjà trop tard, et encore plus confus il s’éloigna au plus vile dans les rangs les plus reculés.

— Cent vingt-six pour l’admission ; quatre-vingtdix-huit contre ! lut le secrétaire sans prononcer les r.

Puis des rires s’entendirent. On avait trouvé dans l’urne un bouton et deux noisettes. Le gentilhomme était admis à voter : les nouveaux triomphaient.

Mais le vieux parti ne se tint pas pour battu. Lévine entendit qu’on demandait à Snetkov de se présenter, et il aperçut la foule des gentilshommes se pressant autour du maréchal de la noblesse qui lisait quelque chose. Lévine se rapprocha. Répondant aux gentilshommes, Snetkov parlait de la confiance et de l’amitié que lui témoignait la noblesse, bien qu’il en fût indigne, car son seul mérite résidait dans son dévouement à la noblesse à laquelle il avait consacré douze années de service. Il répéta plusieurs fois : « J’ai servi selon mes forces, fidèlement, loyalement ; j’apprécie vos démarches et vous remercie. » Puis tout à coup les larmes l’empêchèrent de continuer et il quitta la salle. Ces larmes provenaient-elles de la conscience de l’injure qui lui était faite, de son attachement à la noblesse ou de la tension de la situa-