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le refus de votre mari dans un esprit de charité chrétienne. Je prie le Tout-Puissant de vous être miséricordieux.

« Comtesse Lydie. »


Cette lettre atteignit le but secret que la comtesse Lydie Ivanovna se cachait à elle-même : elle blessa Anna jusqu’au fond de l’âme.

De son côté, Alexis Alexandrovitch rentra chez lui troublé et ne put reprendre ses occupations habituelles ni retrouver la paix d’un homme qui croit posséder la grâce et tenir son salut.

La pensée de cette femme si coupable envers lui et pour qui il s’était montré si généreux, comme le lui disait la comtesse Lydie Ivanovna, n’aurait pas dû le troubler, et cependant il n’était pas tranquille. Il ne comprenait rien à ce qu’il lisait et ne parvenait pas à chasser de son esprit les souvenirs pénibles de ses relations avec sa femme, des fautes dont il lui semblait maintenant s’être rendu coupable envers elle. Il éprouvait une sorte de remords en se rappelant la façon dont il avait accepté l’aveu d’infidélité que lui avait fait sa femme au retour des courses, et surtout le fait de n’avoir exigé d’elle que le respect des convenances au lieu de provoquer son rival. Il était également tourmenté par le souvenir de la lettre écrite à sa femme, par son pardon inutile, et par les soins donnés à l’enfant