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parfaite. Toutes deux savaient, indubitablement, ce qu’est la vie et la mort, et, quoique certainement incapables de répondre aux questions que se posait Lévine, et même de les comprendre, toutes deux ne doutaient point de l’importance de ce phénomène, elles l’envisageaient également et de la même façon que des millions d’êtres humains.

La preuve qu’elles n’ignoraient point ce qu’était la mort, c’est qu’elles savaient approcher les mourants et ne les craignaient pas, tandis que Lévine et ceux qui pouvaient, comme lui, longtemps discourir sur la mort, évidemment ne le savaient pas, car ils avaient peur de la mort et ne savaient que faire en présence d’un moribond.

S’il eût été seul auprès de son frère Nicolas, il se fut contenté de le regarder avec épouvante, d’attendre sa fin avec plus d’épouvante encore, incapable de le soulager.

En outre, il ne savait que dire, comment regarder, comment marcher. Parler de choses indifférentes lui semblait blessant ; parler de mort, de choses tristes, impossible ; se taire, était également impossible. « Si je le regarde, il croira que je l’observe, que j’ai peur de lui ; si je ne le regarde pas, il croira que mes pensées sont ailleurs. Marcher sur la pointe des pieds l’agace, marcher à plein pied, je n’ose pas. »

Kitty, évidemment, ne pensait pas à tout cela : elle n’en avait pas le temps. Elle ne s’occupait que