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tant, mais Nicolas se mit à parler de sa santé. Il accusait le médecin et regrettait de ne pouvoir consulter une célébrité de Moscou. Et Lévine comprit qu’il espérait toujours.

Lévine profita du premier moment de silence pour se lever, prétextant le désir d’aller chercher sa femme, mais en réalité afin de se soustraire, pour un moment au moins, à ses pénibles impressions.

— C’est bon, et moi, je ferai faire un peu d’ordre ici. C’est sale et empesté. Macha, viens mettre de l’ordre ici, dit le malade avec effort, et ensuite tu t’en iras, ajouta-t il en regardant son frère d’un air interrogateur.

Lévine ne répondit rien. Dans le couloir il s’arrêta. Il regrettait maintenant d’avoir promis d’amener sa femme, et songeant à ce qu’il venait d’éprouver, il décida de faire tout ce qu’il pourrait pour lui persuader de ne pas venir voir le malade. « Pourquoi la faire souffrir comme moi ? » pensa-t-il.

— Eh bien ! Quoi ? Comment va-t-il ? demanda Kitty, le visage effrayé.

— C’est terrible, terrible ! Pourquoi es-tu venue ? dit Lévine.

Pendant quelques secondes Kitty regarda son mari en silence, timidement, plaintivement, ensuite elle s’approcha de lui et appuyant ses deux mains sur son bras :