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jeune femme ? » Et la mère rit et dit : « Tu n’as pas reconnu ta fille. » Le père l’appela encore une fois, l’embrassa et se mit à demander comment elle vivait. Ensuite la mère alla préparer une omelette et envoya ma sœur chercher du vin. Ma sœur rapporta une bouteille avec un bouchon de papier et la plaça sur la table. La mère dit : « C’est du vin pour toi. » Et lui dit : « Non, voilà déjà quatre ans que je ne bois plus, et apporte l’omelette ici. »

Il pria Dieu, s’assit devant la table et se mit à manger. Ensuite il dit : « Si je n’avais pas cessé de boire, je ne serais pas caporal et ne rapporterais rien à la maison. Et maintenant, Dieu soit loué ! »

Il prit dans son sac une bourse avec de l’argent et la donna à la mère. La mère se réjouit et se hâta de la cacher. Puis, revenant, elle dit : — « Où l’as-tu pris ? » Le père répondit : « J’étais caporal, j’avais l’argent du trésor, je le distribuais aux soldats et ce qui restait, je le cachais. » La mère était dans une joie indescriptible.

Ensuite quand tous furent partis, le père se coucha sur le banc du fond et me prit à côté de lui ; et la mère se coucha à nos pieds. Et ils causèrent longtemps, presque jusqu’à minuit. Et puis je m’endormis.

Le matin, la mère dit : « Ah ! je n’ai pas de bois ! » Le père demanda : « As-tu une hache ? » « Il y en a une, mais elle est tout ébréchée, elle est très mauvaise. » Le père s’habilla, prit la hache et sortit dans la cour. Je courus derrière lui. Le père arracha un bâton du toit, le posa sur un tronc, brandit la hache, fendit vivement le bois, l’apporta dans l’isba et dit : «Eh bien ! voici le bois, allume le poêle ! Et moi, j’irai voir aujourd’hui pour acheter une isba et le bois pour l’écurie. Et il faudra aussi acheter une vache. »

La mère dit : « Oh ! il faudra beaucoup d’argent pour tout cela. »