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terre, s’est développée cette quantité de sociétés qui fondent des écoles philanthropiques pour le prolétariat, avec une sévère discipline morale et, en même temps, un esprit pratique.

Mais quelle école doit se former chez nous, en Russie ?

Nous n’en savons rien et nous ne le saurons jamais si nous ne la laissons pas s’élaborer librement et à son heure, c’est-à-dire conformément à l’époque historique où elle doit se développer, conformément à son histoire et, encore plus, conformément à l’histoire générale. Si nous sommes convaincus que l’instruction du peuple, en Europe, marche dans une voie fausse, alors, ne faisant rien pour notre instruction populaire, nous ferons plus que si, tout d’un coup, nous y introduisions par force tout ce qui paraît bon à chacun de nous.

Ainsi le peuple peu instruit veut s’instruire davantage. La classe intellectuelle veut instruire le peuple, mais le peuple n’accepte l’instruction que forcé. En cherchant dans la philosophie, l’expérience et l’histoire, les raisons qui donnent ce droit à la classe instruite, nous n’avons rien trouvé, au contraire, nous nous sommes convaincus que la pensée de l’humanité tend toujours à délivrer le peuple de la violence dans la question de l’instruction.

En cherchant le critérium de la pédagogie, c’est-à-dire en cherchant à savoir qui l’on doit instruire