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fait la même chose que pour l’écriture mécanique. Les élèves écrivaient très mal et le nouveau maître a introduit l’écriture d’après les exemples (c’est un exercice très lent et très tranquille pour le maître). Les élèves s’en lassèrent bientôt. Nous fûmes obligés d’abandonner la calligraphie et il nous était impossible de trouver le moyen d’améliorer l’écriture. La classe supérieure le trouva d’elle-même. Quand les élèves eurent fini d’écrire l’histoire sainte ils demandèrent la permission d’emporter leurs cahiers à la maison. Les cahiers étaient tachés, l’écriture informe. Le mathématicien très précis R… demanda du papier et se mit à recopier son histoire. Cela plut à tout le monde. — « Et moi ! Et moi ! Donnez-moi aussi un cahier. » Et la mode de la calligraphie s’installa dans la classe supérieure et s’y maintient jusqu’à présent. Ils prennent leur cahier, mettent devant eux l’exemple des cahiers d’écriture et reproduisent chaque lettre, les uns cherchant à surpasser les autres. En deux semaines les progrès furent énormes. Chacun de nous, ou presque, se rappelle qu’étant enfant on le forçait à manger les aliments avec du pain et qu’il n’aimait guère cela, maintenant, nous ne pouvons manger qu’avec du pain ; chacun de nous a été forcé de tenir sa plume les doigts allongés et nous tous avons tenu la plume les doigts crochus parce qu’ils étaient très courts, tandis que maintenant nous allongeons les doigts. On se demande pour-