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lèvent le brancard, tous se précipitent à l’intérieur et, avec des cris, disparaissent à nos yeux en laissant de place en place, sur le chemin, les taches noires des gamins tombés. Malgré toute la liberté laissée aux élèves, en dehors de l’école, leurs relations avec les maîtres se modifient : elles deviennent encore plus libres, plus simples et plus confiantes, ce qui nous paraît être l’idéal que l’école doit s’efforcer d’atteindre.

Récemment, dans la première classe, nous avons lu Wii de Gogol ; les dernières scènes impressionnèrent vivement les élèves et excitèrent leur imagination. Quelques-uns se représentaient la sorcière et se rappelaient tout ce qu’on avait lu le soir précédent. Le temps n’était pas froid. C’était une nuit d’hiver, sans lune, au ciel nuageux. Nous nous arrêtâmes au carrefour. Des enfants, qui depuis trois ans viennent à notre école, m’entourèrent et me prièrent de les accompagner encore un peu. Les petits, nous ayant vus, descendaient la côte en faisant des glissades, les cadets s’approchaient avec le nouveau maître, mais entre eux et moi il n’y avait pas cette confiance qui existait entre moi et les aînés.

— « Eh bien ! Allons dans le bois » (un petit bois à deux cents pas de la maison), dit l’un d’eux. C’était Fedka, un garçon de dix ans, une nature tendre, poétique et hardie, qui le demandait le plus fort. Le danger semble être pour lui la condition essen-