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et le désavantage du peuple. Ici, en parlant des faits, je sens la nécessité de laisser de côté l’Europe, et de ne parler que de la Russie que je connais très bien.

Qui, chez nous, est croyant, qui ne l’est pas ? Ceux qui croient au progrès sont : la noblesse éclairée, les commerçants et les fonctionnaires éclairés, les classes oisives selon l’expression de Buckle. Ceux qui ne croient pas au progrès, les ennemis du progrès sont : les artisans, les ouvriers de fabriques, les paysans, les agriculteurs, et, en général, les hommes occupés de travaux physiques, les classes travailleuses. Prenant en considération cette différence, nous trouvons que plus l’homme travaille, plus il est conservateur, que moins il travaille, plus il est progressiste. Il n’y a pas de progressistes plus convaincus que les adjudicataires, les écrivains, les gentilshommes, les étudiants, les fonctionnaires et les employés sans place. Il n’y a pas de moins progressistes que les paysans agriculteurs.

« L’homme accapare les forces de la nature ; la pensée vole d’un bout du monde à l’autre ; le temps est vaincu ! » Tout cela est très bien, très sentimental, mais voyons pour qui c’est avantageux. Nous parlons du progrès du télégraphe électrique. Il est évident que l’avantage de l’emploi du télégraphe n’est utile que pour la classe supérieure dite instruite ; et le peuple, les neuf dixièmes, entend seulement les vibrations des fils et n’est que