Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/177

Cette page a été validée par deux contributeurs.


porte quel établissement public, — depuis l’école populaire et l’asile d’enfants pauvres jusqu’aux pensionnats de jeunes filles, lycées et universités — dans tous ces établissements vous trouvez un phénomène incompréhensible mais qui ne saute aux yeux de personne. Les parents, paysans, bourgeois et gentilshommes, se plaignent qu’on élève leurs enfants dans des idées tout à fait étrangères à leur milieu. Les marchands et les gentilshommes du vieux siècle disent : Nous ne voulons pas des lycées et des universités qui feront de nos enfants des athées et des libres penseurs. Les paysans et les artisans ne veulent pas d’écoles, d’asiles, de pensionnats afin qu’on ne fasse pas de leurs enfants des fainéants et des ronds-de-cuir au lieu de laboureurs. En même temps, tous les maîtres, depuis ceux des écoles populaires jusqu’à ceux des écoles supérieures, ne se souviennent que d’une chose : élever les enfants conformément à eux, de façon qu’ils ne soient en rien semblables à leurs parents. Quelques instituteurs l’avouent naïvement, les autres, bien que n’avouant pas, se considèrent comme les modèles de ce que doit être l’homme et regardent les parents comme les modèles de cette grossièreté, de cette ignorance et de ces vices que leurs élèves ne doivent pas avoir. Une institutrice, une créature déformée, gâtée par la vie, qui croit que toute la perfection de la nature humaine consiste en l’art de faire des révérences, de porter des