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Et il le traîne partout avec lui, et il se vante de ce que son garçon de douze ans sait déjà tromper les paysans qui leur apportent du froment. Qui ne connaît des pères élevés dans les écoles de junkers ou au corps des cadets qui ne jugent bonne que l’éducation imprégnée de ce même esprit dans lequel ils ont été élevés ? Est-ce que les professeurs dans les Universités, les moines dans les séminaires, n’infusent pas de même leur esprit ? Je ne veux pas prouver ce que j’ai prouvé déjà et qui est trop facile, à savoir que l’éducation en tant que formation des hommes d’après certain modèle est inféconde, illégale et impossible. Ici je me bornerai à une seule question. Le droit de donner l’éducation n’existe pas. Je ne le reconnais pas et toute la jeune génération qui s’élève et qui partout et toujours se révolte contre l’éducation forcée ne le reconnaît pas et ne le reconnaîtra jamais. Par quoi prouverez-vous ce droit ? Je ne sais rien, je ne suppose rien, et vous reconnaissez et supposez le nouveau droit d’un homme à faire des autres hommes ce qu’il veut qu’ils soient, droit qui pour nous n’existe pas. Prouvez ce droit, mais non par cela seul que le fait de l’abus du pouvoir existe depuis longtemps déjà. Ce n’est pas vous qui êtes le questionneur mais nous, et vous, vous êtes le répondant. Plusieurs fois déjà, verbalement et dans la presse, on a élevé des objections aux idées exprimées dans mon journal Iasnaïa-Poliana. Mais on