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larmes suppliait son frère de l’y conduire. L’anxiété et la terreur étaient arrivées chez elle au dernier degré. La pauvre femme qui depuis plusieurs heures paraissait en proie à une léthargie profonde courait maintenant de côté et d’autre avec tous les symptômes de la folie : elle sanglotait, pleurait et criait.

Joe avait l’âme trop sensible pour supporter longtemps le spectacle d’une telle douleur. Il laissa sa sœur aux mains de son énergique compagne et redescendit à la porte de l’hôtel où l’on était encore réuni à causer en attendant de plus amples informations.

Le jour était enfin arrivé, et avec lui ne tardèrent pas à venir des nouvelles plus complètes du champ de bataille. On les reçut de la bouche même de ceux qui avaient été acteurs dans ce terrible drame. Des charrettes, des voitures chargées de blessés commencèrent à entrer dans la ville, au milieu des plaintes et des gémissements de ceux qu’elles ramenaient. On apercevait sur des litières de paille des figures décomposées par la souffrance. Un de ces fourgons attira plus particulièrement la curiosité de Joe Sedley. Les cris de ceux qu’on y avait couchés avaient de quoi fendre le cœur ; les chevaux fatigués pouvaient à peine traîner la voiture.

« C’est là, cria une voix faible et méconnaissable, » et la voiture s’arrêta en face de l’hôtel de Sedley.

« C’est George, je le reconnais, » s’écria Amélia la figure toute bouleversée et les cheveux en désordre.

Ce n’était point George, mais au moins elle allait avoir de ses nouvelles. C’était le pauvre Tom Stubble, qui vingt-quatre heures auparavant partait d’un pas résolu agitant avec orgueil le drapeau de son régiment. Il l’avait vaillamment défendu sur le champ de bataille, et la cuisse traversée d’un coup de lance, il était tombé en serrant toujours son étendard. À la fin de l’action notre jeune héros avait trouvé une place dans une charrette qui l’avait ramené dans ce triste état à Bruxelles.

« Monsieur Sedley ! monsieur Sedley ! » criait le blessé d’une voix défaillante.

À cet appel, Joe tressaillit d’abord ; puis s’avança tout effrayé. Le pauvre Stubble lui tendait une main brûlante et affaiblie.

« C’est ici qu’on doit me déposer, ajouta-t-il, Osborne et Dobbin l’ont