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Rebecca lui apprit que cette pauvre petite mistress Osborne était dans un état pitoyable, et que le chagrin l’avait rendue presque folle. Qu’enfin ce serait une bonne action à mistress O’Dowd d’aller consoler sa jeune amie.

« J’ai déjà beaucoup de ma propre affliction, dit mistress O’Dowd avec gravité, et cette pauvre Amélia doit fort peu désirer les visites ; toutefois, si elle est aussi souffrante que vous le dites, et si vos occupations ne vous laissent pas le temps de rester auprès d’elle, après toutes vos belles protestations de tendresse à son égard, je vais voir ce que je pourrais faire pour elle. J’ai bien l’honneur d’être la vôtre, madame. »

Là-dessus, la dame au turban, après une légère inclination de tête, tira sa révérence à mistress Crawley, dont la compagnie ne lui paraissait aucunement désirable.

Becky, avec un sourire sur les lèvres, s’arrêta pour voir s’éloigner la majestueuse major. Enfin, son sérieux ne put tenir contre un dernier regard que lui décocha mistress O’Dowd par-dessus son épaule, comme la flèche du Parthe ; et sa bonne humeur l’emporta.

« Charmée, ma belle dame, marmotta Peggy entre ses dents, de vous voir si gaie. Ce n’est pas votre chagrin qui vous abîme les yeux à force de pleurer. »

En même temps, elle se dirigea d’un pas rapide vers la demeure de mistress Osborne.

La pauvre femme se trouvait encore auprès du lit où l’avait laissée Rebecca ; elle était debout, toujours égarée par le chagrin. La femme du major, d’un caractère plus ferme et plus énergique, essaya de son mieux à consoler sa jeune amie.

« Allons ! du courage, Amélia, lui dit-elle avec douceur ; il ne faut pas qu’il vous trouve par trop souffrante, quand il vous reviendra après la victoire. Vous n’êtes pas la seule aujourd’hui dont le sort repose entre les mains de Dieu.

— Hélas ! fit Amélia, la force et le courage m’ont abandonnée. »

Elle avait le sentiment de sa faiblesse ; toutefois la présence d’une personne plus énergique releva son moral, et elle se retint par la crainte de donner à son amie le spectacle de ses défaillances. Pendant le temps que ces deux femmes passèrent ensemble, leur cœur avait rejoint le régiment, et en suivait la marche lointaine. Des craintes, des prières et des vœux, tel est