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à rejoindre l’armée, n’est-ce pas ? vous voulez donc nous abandonner à notre malheureux sort. Je savais bien que je devinais juste ! j’en avais comme un pressentiment. Cette pensée que vous alliez nous quitter m’a mise tout en émoi, c’est que je pense souvent à vous quand je suis seule, monsieur Jos, et alors je suis vite accourue pour vous supplier de n’en rien faire, de ne point nous abandonner. »

Voici maintenant de quelle manière on pouvait interpréter ces paroles :

« Mon cher monsieur, dans le cas où l’armée éprouverait un échec et serait forcée de battre en retraite, vous avez une excellente voiture où je compte bien trouver une place. »

La pénétration de Jos alla-t-elle jusqu’à découvrir ce sens caché ? Nous n’oserions le garantir. Jos gardait, du reste, à la dame un profond ressentiment de ses airs d’indifférence pour lui pendant son séjour à Bruxelles. L’avait-elle jamais présenté aux illustres amis de Rawdon ? C’était tout au plus si elle l’avait invité à ses réunions. Il faut ajouter qu’il était d’une timidité excessive au jeu et ne hasardait jamais beaucoup. George et Rawdon ne pouvaient le sentir ; peut-être n’étaient-ils pas bien aises de l’avoir pour témoin de leurs amusements favoris.

« C’est cela ! pensait Jos, elle vient me trouver quand elle a besoin de moi. Elle pense à son vieux Jos Sedley quand personne autre ne lui trotte en tête. »

Mais il se sentait surtout très-fier de l’opinion avantageuse que Rebecca paraissait se faire de son courage. Il rougit de nouveau, se rengorgea dans sa cravate, et d’un ton d’importance :

« Il est vrai, dit-il, que je ne serais pas fâché d’assister à une bataille rangée ; c’est une pensée, d’ailleurs, que tout homme de cœur aurait à ma place, n’est-ce pas ? J’ai bien vu comme une guerre en miniature dans les Indes, je voudrais voir maintenant de la haute stratégie.

— En vérité, messieurs, vous sacrifieriez tout à un plaisir, continua Rebecca du même ton. Le capitaine Crawley m’a quittée ce matin aussi gai que s’il allait à une partie de chasse. Que lui importaient, que vous importent à vous les angoisses et les tortures de la femme que vous abandonnez ? Je viens, mon cher monsieur Sedley, je viens chercher auprès de vous refuge