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bijou portant le nom de Leroy, dans une petite boîte enrichie de turquoises, et une montre à la marque de Bréguet, couverte de perles et tout au plus grande comme une demi-couronne. Le général Tufto et George Osborne lui avaient aussi fait semblable cadeau. Mistress Osborne n’avait point de montre, mais son mari lui en aurait certainement donné une si elle en avait seulement exprimé le désir. L’honorable mistress Tufto, alors en Angleterre, traînait à son côté, pour savoir l’heure, une vieille mécanique, héritage de famille qui aurait remplacé avec avantage la bassinoire d’argent dont Rawdon parlait plus haut. Si la plupart des bijoux que vendent les joailliers allaient aux femmes, aux filles des acquéreurs, combien ne verrait-on pas, dans les maisons les plus honnêtes, de parures qui, hélas ! prennent une tout autre route !

Son compte fait, Rebecca put constater, avec un vif sentiment de plaisir, qu’en définitive elle avait au moins à sa disposition de six à sept cents livres sterling pour assurer sa rentrée dans le monde. Elle fut trop occupée toute la matinée à ranger ses petits trésors pour avoir un moment d’ennui. Parmi les papiers renfermés dans le portefeuille de Rawdon était un billet de vingt livres, souscrit par Osborne ; ce fut pour Rebecca une occasion de penser à mistress Osborne.

« J’irai d’abord toucher le billet, se dit-elle, et voir ensuite cette pauvre petite Emmy. »

Si notre roman manque de héros, il possède du moins une héroïne. Dans les rangs de l’armée anglaise, y compris le grand Duc lui-même, on n’aurait pu trouver un homme aussi impassible, aussi maître de lui à l’approche de la bataille que l’intrépide petite femme de l’aide de camp.

Il est une dernière personne de notre connaissance qui, n’étant point un des acteurs du drame sanglant qui va se passer à quelques heures de Bruxelles, tombe à ce titre sous notre juridiction et sur les émotions duquel nous avons des droits imprescriptibles : nous voulons parler de notre ami l’ex-collecteur de Boggley-Wollah, dont le sommeil, comme celui de tout le monde, avait été troublé à une heure matinale par le bruit aigu des clairons. Notre ami était, pour le sommeil, de la famille des marmottes ; son lit avait pour lui des charmes indicibles. Peut-être, en dépit des tambours, des clairons et des fifres de toute l’armée anglaise, ses ronflements se seraient-ils prolongés jusqu’