Page:Thackeray - La Foire aux vanites 1.djvu/350

Cette page n’a pas encore été corrigée


un beau brin de fille, morbleu ! C’était dans le bon temps, à Dumdum. »

Cette rencontre avec de si illustres personnages fit les frais de la conversation pendant le reste de la promenade, au dîner et jusqu’au départ pour l’Opéra.

Ce soir-là, au théâtre, on eût pu se croire, pour un moment, transporté dans les murs de la vieille Albion. La salle était garnie de figures anglaises, et un air d’intimité régnait parmi l’assistance ; les loges resplendissaient de ces merveilleuses toilettes qui portèrent à un si haut degré la réputation des femmes anglaises.

Mistress O’Dowd n’était pas moins remarquable dans sa mise. Sur son front s’avançait une rangée de boucles surmontées d’un diadème en cailloux d’Irlande, qui éclipsaient, à son avis, les parures de toutes ses rivales. Sa présence mettait Osborne au supplice. Mais bon gré mal gré, elle s’inscrivait d’office pour toutes les parties de plaisir concertées entre ses amis, sans qu’il lui vînt jamais à l’esprit que sa présence pût causer autre chose que du plaisir.

« Jusqu’ici elle vous a été d’un grand secours, ma chère, disait George à sa femme, se sentant fort tranquille toutes les fois qu’il la laissait en cette compagnie ; mais l’arrivée de Rebecca, dont vous allez faire votre amie, vous permettra de laisser de côté cette indigeste Irlandaise. »

Amélia garda le silence. Le moyen alors de connaître le secret de sa pensée ?

Pour mistress O’Dowd, elle trouvait le coup d’œil assez joli ; mais il ne fallait pas établir de comparaison avec la salle du théâtre de Fishamble-Street, à Dublin. La musique française était à cent piques au-dessous des marches nationales de son pays. Les amis de la major profitaient de toutes ces remarques accompagnées de bruyants éclats de voix et des oscillations majestueuses de son immense éventail.

« Savez-vous quelle est cette femme assise à côté d’Amélia, et qu’on prendrait pour un grenadier déguisé, Rawdon, mon amour ? disait dans une loge vis-à-vis une dame, fort aimable avec son mari dans le tête-à-tête, mais encore plus amoureuse de lui en public. D’où sort cette créature avec un panache jaune fiché sur son turban, cette robe de satin rouge et cette horloge qui lui bat les flancs ?