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ixèrent sur mistress la major O’Dowd et ses plumes de coq noires avec une attention imperturbable, que la grosse mère s’empressa d’attribuer à la puissance de ses charmes vainqueurs.

George, qui se trouvait de quelques pas en arrière, accourut presque aussitôt, accompagné de Dobbin ; tous deux ôtèrent leurs chapeaux aux augustes personnages, dans les rangs desquels Osborne distingua mistress Crawley. Il était singulièrement flatté de voir Rawdon, accoudé sur la portière, causer sans façon avec Amélia, et il répondit par les protestations les plus obséquieuses aux cordiales avances de l’aide de camp. Les saluts échangés entre Rawdon et Dobbin restèrent tout juste dans les limites de la plus stricte politesse.

Crawley engagea Osborne à venir le voir à l’hôtel du Parc, où il était descendu avec le général Tufto, et George réclama de son ami un pareil engagement.

« Que je suis donc fâché de ne vous avoir pas rencontré trois jours plus tôt, dit George à Rawdon, je vous aurais enlevé pour un dîner que j’ai donné chez le restaurateur. C’était fort bien servi. Lord Bareacres, la comtesse et lady Blanche ont bien voulu nous faire l’amitié d’accepter notre invitation. Nous aurions été charmés de vous avoir aussi pour convives. »

Après avoir donné cette petite satisfaction à son amour-propre et à ses prétentions d’homme à la mode, Osborne laissa Rawdon rejoindre l’auguste cavalcade, qui s’enfonça au galop dans une allée détournée. George et Dobbin reprirent leur place des deux côtés de la portière, et la voiture continua sa promenade.

« Que ce duc a bon air à cheval, observa mistress O’Dowd ; les Wellesley et les Malonys sont parents. Mais, dans ma position, j’attendrai pour me présenter à Sa Grâce, qu’elle se souvienne la première de nos liens de famille.

— C’est un fameux capitaine, dit Jos, qui avait retrouvé toute sa langue depuis que le héros n’était plus devant ses yeux. Trouvez-moi une victoire à comparer à celle de Salamanque ? Qu’en dites-vous, Dobbin ? Eh bien, savez-vous où il a puisé toutes ses connaissances stratégiques ? Dans l’Inde, mon cher, dans l’Inde, mettez-vous bien dans la tête que, pour former un bon général, il n’y a rien de tel que les jungles. Moi aussi je le connais, mistress O’Dowd ; nous avons tous deux dansé le même soir avec miss Cutler, la fille de Cutler de l’artillerie,