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— Sa mère était une fille d’Opéra, une plancheuse, peut-être pis encore, » repartit mistress Bute.

Miss Crawley poussa un dernier cri et tomba sans connaissance. On la remonta dans sa chambre, d’où elle venait de descendre. Les crises nerveuses se succédaient sans interruption. On fit venir le docteur, et l’apothicaire ne tarda pas à suivre ses pas. Mistress Bute s’installa à son chevet comme garde-malade.

« C’est le devoir de ses parents de veiller sur elle, » disait la charitable Bute.

À peine avait-on remonté miss Crawley dans sa chambre, que survint un nouveau personnage qu’il fallut mettre au courant des faits. C’était le baronnet.

« Où est Becky ? dit sir Pitt ; où sont ses bagages ? Je viens la chercher pour partir avec moi pour Crawley-la-Reine.

— Ne connaissez-vous donc point l’étonnante nouvelle de son mariage clandestin ? demanda Briggs.

— Quéque ça me fait ? fit sir Pitt. Eh bien ! elle est mariée, et voilà tout. Dites-lui de descendre sans plus de retard.

— Vous ne savez donc pas, monsieur, lui demanda miss Briggs, qu’elle n’est plus dans la maison, au grand désespoir de miss Crawley ? La pauvre femme a bien manqué mourir lorsque nous lui avons appris l’union de la gouvernante avec le capitaine Rawdon. »

Quand sir Pitt Crawley entendit annoncer que Rebecca était la femme de son fils, il sortit de sa bouche une avalanche de jurons qui sonneraient assez mal ici, et qui firent que la pauvre Briggs, toute tremblante, s’élança de la chambre où il écumait. Nous pousserons avec elle la porte sur cette figure décomposée par la colère, enflammée par la haine et le désir.

Le lendemain de son arrivée à Crawley-la-Reine, sir Pitt se livra aux excès du délire le plus effréné, et, dans la chambre qu’avait occupée miss Sharp, il enfonça les caisses à coups de pied et mit en pièces ses papiers, ses robes et tous ses chiffons. Miss Horrocks, la fille du sommelier, prit une partie de ces débris ; les enfants s’affublèrent du reste pour jouer la comédie.

Il y avait à peine quelques jours que leur pauvre mère avait été conduite à sa dernière demeure. Pas une larme, pas un regret n’avait accompagné ses cendres déposées parmi tant d’autres, toutes étrangères pour elles.