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Nous sommes sûrs qu’il n’y a pas un lecteur de cette petite histoire qui ne possède assez de pénétration pour avoir déjà découvert que cette miss Styles, ancienne amie de pension, à ce que disait Rebecca, avec laquelle elle avait dernièrement repris une active correspondance, et qui allait chercher ses lettres chez le sellier, portait des éperons en cuivre et de grandes moustaches retroussées, et n’était autre que le capitaine Rawdon Crawley.


CHAPITRE XVI.

La lettre sur la pelote.

Comment se fit ce mariage ? Voilà un problème qui ne saurait embarrasser personne. Comment empêcher un capitaine arrivé à sa majorité d’épouser une jeune personne également majeure, d’acheter une licence et de s’unir à elle dans l’une des églises de la ville ? Personne n’en est encore à apprendre que, lorsqu’une femme a une volonté, elle trouve toujours moyen de l’accomplir. Voici ma version. Un jour où miss Sharp était allée passer l’après-midi chez sa chère amie miss Amélia Sedley, de Russell-Square, on avait pu voir une dame fort semblable à elle entrer dans une église de la Cité en compagnie d’un monsieur aux moustaches bien cirées, ressortir un quart d’heure après cette entrée avec le même monsieur, qui l’avait conduite à un fiacre stationnant à la porte ; et ainsi s’était célébrée la cérémonie du mariage.

Personne au monde, après tant d’exemples quotidiens, n’ira, je pense, mettre en doute qu’on puisse se marier avec la première venue ? N’a-t-on pas vu des gens sensés et instruits épouser leurs cuisinières. Lord Elden lui-même, le plus sérieux des hommes, n’a-t-il pas procédé à son mariage par enlèvement ? Achille et Ajax n’ont-ils pas fait l’amour avec leurs belles esclaves ? Pouvait-on demander à un robuste dragon, qui jamais dans sa vie n’avait cherché à régler ses passions, d’aller subitement se métamorphoser en sage et résister aux entraînements