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quand elle serait lasse de l’avoir auprès d’elle et que la saison de Londres commencerait.

Dès que miss Crawley, entrée en convalescence, put descendre au salon, Becky lui chanta des romances et inventa mille moyens de la distraire. Quand elle fut assez bien pour sortir en voiture, Becky l’accompagna. Dans les promenades qu’elles firent ensemble, parmi toutes les maisons où l’amitié bienveillante de miss Crawley pouvait l’aider à s’introduire, miss Sharp dirigea ses tentatives du côté de Russell-Square, vers la maison de John Sedley esquire.

Avant d’en venir à une visite, bien des lettres avaient été échangées entre les deux amies. Pendant le temps de la résidence de Rebecca dans le Hampshire, leur amitié éternelle avait, s’il faut l’avouer, souffert une baisse considérable, et son grand âge la rendait si branlante et si caduque, qu’elle était menacée d’un prochain trépas. Et puis les deux jeunes filles avaient eu chacune à songer à leurs affaires ; tandis que Rebecca cherchait à s’avancer de plus en plus dans l’esprit de ceux dont elle dépendait, Amélia restait toujours absorbée dans la même idée. Les jeunes filles, en se retrouvant, se jetèrent dans les bras l’une de l’autre avec cette impétuosité qui caractérise les affections de la jeunesse. Rebecca joua son rôle dans cette rencontre avec la plus bruyante et la plus démonstrative tendresse. La pauvre Amélia rougit, embrassa son amie et se trouva coupable d’un peu de froideur à son égard.

Cette première entrevue fut très-courte. Amélia était prête à sortir. Miss Crawley attendait en bas dans sa voiture. Ses gens s’étonnaient de se trouver en pareil lieu, et regardaient l’honnête Sambo, le nègre de notre connaissance, comme un des naturels de l’endroit. Mais quand Amélia descendit avec sa figure sereine et souriante pour être présentée par son amie à miss Crawley, qui désirait la voir et était trop mal pour quitter sa voiture, l’aristocratie galonnée de Park-Lane fut plus que jamais surprise de rencontrer une pareille merveille à Bloomsbury, et miss Crawley se sentit prendre aux charmes de la figure aimable et rougissante de cette jeune fille, qui venait avec grâce et timidité présenter ses hommages à la protectrice de son amie.

« Quelle charmante tournure, ma chère, quelle douce voix ! dit