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la ville. Aussitôt, le jeune élégant, le lion, c’est, je crois, l’expression d’usage, le capitaine Crawley fait son apparition. Vous ne serez pas fâchée, je suis sûr, d’en avoir une courte esquisse.

Eh bien ! c’est un grand et beau garçon, de six pieds de haut, à la voix éclatante ; il jure beaucoup et il fait trotter les domestiques, qui l’adorent néanmoins, parce qu’il est très-généreux de son argent ; aussi feraient-ils tout pour lui. La semaine dernière, les gardes-chasse ont presque assommé le bailli et son greffier, qui venaient de Londres pour arrêter le capitaine. On les avait trouvés en embuscade le long du mur du parc, on les a roués de coups après leur avoir fait prendre un bain forcé, et on allait leur envoyer du plomb comme à des braconniers, quand le baronnet s’est interposé.

Le capitaine a un mépris filial pour son père ; il l’appelle vieux pingre, vieux ladre, vieux bélître. Il s’est fait une terrible réputation parmi les dames. Il mène avec lui ses chevaux de chasse et vit avec les squires du comté ; il invite qui bon lui semble à dîner, et sir Pitt n’ose rien dire ; ce dernier craint, en offensant miss Crawley, de manquer son legs quand elle mourra d’apoplexie. Vous dirai-je un compliment du capitaine à mon endroit ? Il en vaut la peine, il est assez joli. Un soir où l’on dansait, il y avait sir Huddleston, Fuddleston et sa famille, sir Giles Wapshot et ses jeunes demoiselles et bien d’autres encore que je ne connais pas. Eh bien ! je lui ai entendu dire, en désignant votre humble servante : « Pardieu ! voilà une jolie petite pouliche ! » Et il m’a fait l’honneur de danser deux contredanses avec moi. Il est compère et compagnon avec les jeunes squires, et en leur société il boit, parie, monte à cheval et parle chasse et course ; il traite de bégueules toutes les filles de ce pays, et je crois qu’il n’a pas tort.

Vous ne pouvez vous faire une idée de leur dédain pour ma pauvreté. Quand on danse, je suis invariablement assise au piano. Mais l’autre soir, en sortant de table, le capitaine, pris d’une pointe de vin et me voyant condamnée au tabouret à perpétuité, jura tout haut que j’étais la meilleure danseuse entre toutes, et donna sa parole qu’il ferait venir des violons de Mudbury.

« Je vais jouer une contredanse, » dit mistress Bute Crawley avec beaucoup d’empressement. Figurez-vous une petite vieille à