Page:Thackeray - La Foire aux vanites 1.djvu/126

Cette page n’a pas encore été corrigée


MISTRESS BUTE CRAWLEY À MISS PINKERTON. — LA MALL, CHISWICK.

De la cure de Crawley-la-Reine, décembre…

Ma chère Madame,

Les années écoulées depuis l’époque où je jouissais de votre agréable et précieux enseignement n’ont rien changé aux sentiments de tendresse et de respect que j’ai conçus pour miss Pinkerton et le cher Chiswick. J’espère que votre santé va toujours bien. Puissent le monde et la cause de l’enseignement conserver, pour leur plus grande gloire et pendant de longues années encore, miss Pinkerton ! Une de mes amies, lady Fuddleston, me demandait une gouvernante pour ses chères filles. Je n’ai pas, hélas ! le moyen d’en avoir une pour les miennes ; mais n’ai-je pas été élevée à Chiswick ? « Qui, m’écriai-je aussitôt, pouvons-nous mieux consulter que l’excellente et incomparable miss Pinkerton ? » En un mot, chère madame, avez-vous à votre disposition quelque demoiselle dont les services puissent être utiles à ma chère amie et voisine ? Elle est résolue, je vous assure, à n’accepter de gouvernante que de votre main.

Mon cher mari prend plaisir à répéter qu’il aime tout ce qui sort de la maison de miss Pinkerton. Je voudrais bien le présenter, ainsi que nos filles bien-aimées, à l’amie de ma jeunesse, à la femme qui faisait l’admiration du grand lexicographe de notre pays. Si jamais vous passez par l’Hampshire, M. Crawley me charge de vous dire qu’il espère pour notre presbytère de campagne l’honneur de votre présence. C’est maintenant l’humble mais heureuse demeure

De votre affectionnée

MARTHA CRAWLEY.

P. S. Le frère de M. Crawley, le baronnet, avec lequel nous ne sommes pas, hélas ! dans les termes de cette parfaite concorde qui devrait toujours régner entre frères, a pour ses petites filles une gouvernante qui, à ce qu’on m’a dit, a eu le bonheur d’être élevée à Chiswick. Il m’est venu des bruits assez contradictoires sur son compte. Mon tendre intérêt pour mes