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« Je voudrais bien avoir un billet de cinq mille livres, avec la signature de miss Mac Whirter.

— Elle ne s’en apercevrait même pas, reprend votre femme.

— C’est ma tante, » ajoutez-vous avec un air insouciant et dégagé, alors que votre ami vous demande si miss Mac Whirter est votre parente.

Votre femme est à lui envoyer sans cesse de petits témoignages d’amitié ; vos petites filles lui font sans relâche des cabas en tapisserie, des pelottes et des coussins. L’âtre flambe toujours dans la chambre où elle vous fait visite, tandis que votre femme lace son corset sans feu. La maison, pendant son séjour, prend un air de fête, de propreté, de chaleur, d’entrain, de bien-être qu’on ne lui connaît point à toute autre époque. Vous-même, mon cher monsieur, vous-même négligez votre somme après dîner, et vous éprouvez une subite passion de whist, quoique vous y perdiez toujours. Quels bons dîners vous faites alors ! Du gibier tous les jours, du madère, et du plus vieux ; et l’on va et vient sur la route de Londres pour avoir du poisson plus frais.

Les domestiques mêmes à la cuisine ont leur part de la frairie générale. Pendant le séjour du gros cocher de miss Mac Whirter, la bière n’est plus baptisée, et à l’office où sa femme de chambre prend ses repas, on ne regarde pas à la consommation du thé et du sucre. Est-ce bien cela, oui ou non ? J’en appelle à la bourgeoisie.

Ah ! puissances du ciel, je vous en conjure, envoyez-moi une tante, une tante vieille fille, une tante avec un losange sur sa voiture et un devant de cheveux couleur café ! Comme mes enfants lui feraient des sacs ! comme ma Julie la soignerait ! Douce vision ! chimères de l’esprit !