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Dans une autre correspondance on écrivait :

« M. de Tapeworm n’a rien rabattu de son arrogance britannique et de son système de dénigrement ridicule à l’égard de la plus grande nation de la terre. On l’a surpris l’autre jour à parler fort légèrement de la cour de France, et hier on l’a entendu accuser son altesse royale le duc d’Orléans, qui sait si bien ce qu’il doit à sa famille et surtout à lui-même, de conspirer contre le trône de notre auguste souverain. Il prodigue l’or à pleines mains, si par hasard ses menaces n’ont pas tout le succès qu’il en attend. À force de bassesses, il est parvenu à se faire un assez grand nombre de créatures à la cour. En résumé, Poupernicle ne peut espérer de repos, l’Allemagne de tranquillité ; la France ne peut prétendre à un légitime respect et l’Europe à la satisfaction qui lui est due, tant qu’on n’aura point commencé par écraser cette bête venimeuse. »

Que le lecteur se figure plusieurs pages écrites ainsi dans le même style. En outre, lorsque de part ou d’autre on envoyait quelque dépêche confidentielle, le contenu ne manquait jamais d’en transpirer toujours au dehors.

La saison d’hiver était à peine commencée qu’Emmy avait déjà choisi un jour de réception et se distinguait par la manière aussi gracieuse que modeste dont elle faisait les honneurs de chez elle. Elle prit un maître de français qui lui fit compliment de la pureté de son accent et de la facilité qu’elle montrait à apprendre, ce qui s’expliquait du reste par l’étude particulière qu’elle avait faite de la grammaire dans le temps où elle s’essayait à donner des leçons à George. Mme Strumpff lui donnait des leçons de chant, et Emmy s’en acquittait d’une façon si agréable et d’une voix si douce, que le major, qui avait pris un appartement en face d’elle, laissait ses fenêtres ouvertes pour entendre la leçon. Les dames allemandes, si sentimentales et si simples dans leurs goûts, se prirent d’une belle passion pour elle, et se mirent à l’appeler leur chère amie. Ces détails paraîtront peut-être minutieux et vulgaires, mais nous nous faisons un devoir de les citer, parce qu’ils se rattachent à des temps heureux. Quant au major, il était devenu l’instituteur de George ; il lisait avec lui les Commentaires de César, et lui faisait repasser les mathématiques, en supplément des leçons que lui donnait un maître particulier. Tous les soirs on allait se promener à cheval à côté de la voiture d’Emmy, trop timide pour