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et à emballer les meubles. Ils pénétrèrent dans ces grandes salles aux murailles dénudées, couvertes encore des crochets qui avaient servi à suspendre les glaces et les tableaux. Ils montèrent ensuite à l’étage supérieur par le grand escalier silencieux et solitaire ; dans ces chambres où, comme George le disait tout bas à sa mère, son bon papa était mort. Ils montèrent encore un étage et arrivèrent à la chambre de George. L’enfant était toujours auprès d’Amélia, se serrant à ses côtés, mais elle, elle pensait alors à un autre George, qui, lui aussi, avait habité dans cette même chambre.

Elle s’avança près d’une des fenêtres, qui se trouvait ouverte, et à laquelle, après la séparation, elle était venue souvent regarder son fils avec un cœur brisé et saignant. Elle aperçut alors par-dessus les arbres de Russell-Square la vieille maison où elle était née et où sa jeunesse s’était écoulée sans nuages et sans peines. Tout son passé se représentait alors à son esprit avec ces heureux jours de fête, ces figures où brillait toujours un sourire, ces temps d’insouciance et de joie, suivis trop tôt de chagrins et d’épreuves, et, au milieu de tant d’autres pensées, elle songeait aussi à l’homme en qui elle avait toujours trouvé un protecteur et un bon génie, qui, dans l’adversité, avait été son seul bienfaiteur comme son seul ami.

« Regardez ma mère, dit alors le petit George, ce G et cet O gravés sur la glace avec un diamant ; je ne les avais pas encore remarqués, car ce n’est pas moi qui les ai faits.

— C’était la chambre de votre père longtemps avant que vous fussiez de ce monde, mon cher George, » lui dit sa mère, et, tout en rougissant, elle l’embrassa.

En revenant de Russell-Square à Richmond, où elle avait loué une maison pour pouvoir mettre ordre à ses affaires, elle ne prononça pas une seule parole. C’était dans cette retraite que les gens de loi, qui s’efforçaient de prendre avec elle un air gracieux, venait l’assaillir de leurs paperasses ; ces visites, comme on en peut être sûr, étaient toutes comptées sur leurs notes. À Richmond, se trouvait aussi un cabinet pour le major Dobbin, qui venait y faire de longues séances, afin de régler les affaires de son jeune pupille.

À l’occasion de cette mort, Georgy fut retiré pour un temps illimité de la pension de M. Veal, et l’on pria ce digne et savant homme de faire une inscription funèbre pour être placée au-