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— « Qui cela ? dit Emmy pensant toujours à son fils.

— Regardez par là, » répondit miss Clapp en faisant un demi-tour et en étendant la main dans la direction qu’elle indiquait.

Amélia aperçut alors la pâle figure de Dobbin et les immenses contours de son ombre qui se dessinaient sur l’herbe. Ce fut à son tour de tressaillir, de rougir et de pleurer. Dans les grandes circonstances, les larmes étaient toujours le suprême recours de cette douce et simple créature.

Les yeux de Dobbin s’arrêtèrent avec tendresse sur Amélia ; elle était bien toujours la même : seulement ses joues étaient un peu pâles, sa figure un peu plus pleine, ses yeux comme autrefois exprimaient la bonté et la confiance. Quelques fils d’argent se mêlaient à sa noire chevelure. Elle tendit les deux mains à Dobbin avec un sourire voilé par les larmes. Et lui, saisissant ces deux mains amies les serra quelques instants dans les siennes, au milieu d’une contemplation muette. Que ne la serrait-il dans ses bras ? Que ne lui jurait-il que, dorénavant, il resterait pour toujours auprès d’elle ? Certainement il n’eût trouvé alors aucune résistance de sa part.

« J’ai… j’ai à vous annoncer l’arrivée d’un autre personnage, fit-il après un moment de silence.

— De mistress Dobbin ? » demanda Amélia avec un mouvement involontaire.

Ah ! c’était bien le moment de lui dire le secret qui lui pesait sur le cœur.

« Non, non, répondit-il en lui lâchant les mains ; qui a pu vous faire un pareil mensonge ? Nous avons fait la traversée avec Jos sur le même bâtiment, et il revient pour vous donner l’aisance et le bonheur.

— Mon père ! mon père ! s’écria Emmy, écoutez ces bonnes nouvelles : mon frère est en Angleterre. Il vient prendre soin de vous. Voici le major Dobbin. »

M. Sedley releva la tête comme un homme qui est pris à l’improviste et qui cherche à recueillir ses pensées ; il fit au major un profond salut à l’ancienne mode, en lui demandant si son digne père, sir William, était toujours en bonne santé, ajoutant qu’il se proposait d’aller lui rendre prochainement la dernière visite qu’il en avait reçue. Il y avait huit ans que sir William n’était venu voir le pauvre Sedley, et c’était cette visite que le bon vieillard songeait à rendre.