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aux universités, au parlement et aux professions libérales ; dont le système excluait ces châtiments corporels qui dégradent la nature humaine et qui sont encore en usage dans les établissements de l’ancien régime, et dans laquelle, enfin, les jeunes gens étaient assurés de trouver les traditions de la société et toute la sollicitude que l’on peut rencontrer dans la famille. Telle était la méthode que le révérend Lawrence Veal de Bloomsbury, chapelain particulier du comte de Bareacres, appliquait, de concert avec sa femme, aux élèves qu’on lui confiait.

À force de réclames et de démarches, le chapelain particulier et sa femme parvenaient à réunir chez eux un ou deux écoliers ; le prix de la pension était fort élevé et l’on supposait qu’il était en rapport avec la manière dont on traitait les élèves. Il s’y trouvait un jeune Indien au teint cuivré, à la tête laineuse, à la mise recherchée que personne ne venait jamais voir. Nous pourrions citer encore un garçon de vingt-trois ans, vrai lourdaud, dont l’éducation avait été fort négligée, et auquel M. et mistress Veal cherchaient à faire faire son entrée dans la haute société ; item, les deux fils du colonel Rangles, au service de la compagnie des Indes. Ces quatre pensionnaires formaient les convives habituels de la table de M. Veal lorsque Georgy entra dans la maison.

Georgy venait seulement passer la journée dans cette pension. Le matin, il arrivait sous l’escorte de son ami M. Rawson, et lorsqu’il faisait beau dans l’après-midi, on lui amenait son cheval et il allait se promener, accompagné de son groom. Dans cette pension, on attribuait au grand-père de George une fortune fabuleuse, et le révérend M. Veal saisissait toutes les occasions d’y faire allusion, disant à Georgy qu’il était destiné à occuper dans le monde une haute position ; que par son application et sa docilité il devait se préparer aux graves devoirs qui allaient peser sur lui dans un âge plus avancé ; que l’obéissance dans un jeune homme était la meilleure préparation à l’exercice du commandement dans la virilité, et qu’en conséquence il suppliait Georgy de ne plus apporter de pain d’épice à la pension, ce qui ne pouvait que ruiner l’estomac de MM. Rangles, qui trouvaient une nourriture abondante à la table de mistress Veal.

Au point de vue scolaire, l’Égide de Pallas (c’était le nom que M. Veal donnait à son institution), présentait un heureux mélange