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vous n’êtes plus là pour me protéger ? Mon mari, par les menaces et les traitements les plus barbares, m’a forcée de vous demander cette somme, et, dans la prévision de vos questions à ce sujet, il m’a dicté d’avance ce que j’aurais à vous répondre ; il a pris cet argent que vous m’avez remis, me disant qu’il se chargeait de payer Briggs ; m’était-il permis de douter de sa parole ? Pardonnez à un homme aux abois le tort qu’il vous a fait, et prenez en pitié la plus malheureuse des femmes. »

En prononçant cette tirade pathétique, mistress Rawdon fondait en larmes. Jamais la vertu persécutée n’avait étalé une douleur aussi séduisante.

Le protecteur et la protégée, pendant une promenade en voiture qu’ils firent ensuite à Regent’s-Park, eurent ensemble une longue conversation dont il est inutile de rapporter ici les détails. Ce qu’il suffit de savoir, c’est qu’en rentrant chez elle, Becky courut à sa chère Briggs avec une figure rayonnante, et lui annonça qu’elle lui apportait de bonnes nouvelles. Lord Steyne était bien le plus noble et le plus généreux des hommes ; il ne cherchait que les occasions et les moyens de faire le bien. Maintenant que le petit Rawdon était placé au collége, elle avait désormais moins besoin d’un aide et d’une compagne. Son cœur saignait à la pensée de se séparer de sa chère Briggs, mais l’économie la plus stricte lui était imposée par les difficultés de sa position. Ce qui adoucissait ses regrets, c’était la pensée que sa chère Briggs allait, grâce à la générosité de lord Steyne, se trouver dans une position bien préférable à celle qu’elle pouvait lui offrir dans sa modeste demeure. Mistress Pilkington, l’intendante de Gauntley-Hall, était, par suite des années et des rhumatismes, dans un état de faiblesse qui ne lui permettait plus d’exercer la surveillance nécessaire dans un aussi vaste château. Il fallait donc songer à la remplacer ; c’était une position magnifique. La famille allait tout au plus une fois en deux ans à Gauntley. Pendant tout le reste du temps, l’intendante était reine et maîtresse dans ce magnifique domaine ; elle tenait table ouverte et recevait la visite du clergé des environs et des personnes recommandables de tout le comté ; en fait, elle était la dame châtelaine de Gauntley. Les deux intendantes qui avaient précédé mistress Pilkington avaient épousé les vicaires de Gauntley, et s’il n’