Page:Thackeray - La Foire aux Vanites 2.djvu/239

Cette page n’a pas encore été corrigée


Avait cessé son doux ramage,

Et dans les bois silencieux

Naguère on n’entendait sous l’ombre

Que la bise aux sifflets aigus,

Qui va battant d’une aile sombre

Le tronc plaintif des arbres nus.

D’où vient, me dites-vous, que l’oiseau du bocage

Aux échos attentifs a rendu son ramage ? »

C’est que le gai soleil brille de feux nouveaux ;

C’est que les arbres nus poussent de verts rameaux.

Dans ce concert de la nature,

Tout suit son penchant et ses lois ;

L’arbre reprend sa chevelure,

La fleur son teint, l’oiseau sa voix ;

Et moi, quand partout la jeunesse

Revêt ses riantes couleurs,

Quand de ses feux le ciel caresse

L’oiseau, la verdure et les fleurs,

De ses plus gais rayons le soleil me pénètre ;

Un bonheur inconnu s’éveille dans mon être ;

Je sens s’ouvrir mon âme à des transports nouveaux,

Et je mêle ma voix à l’hymne des oiseaux.

Pendant les repos entre chaque couplet de cette petite romance, la vieille femme à laquelle s’adresse la petite chanteuse, et dont les épais favoris sont encadrés dans un bonnet de femme, semble très-désireuse de manifester sa tendresse maternelle à l’ingénue créature qui remplit le rôle de la jeune fille. À chaque baiser qu’il parvient à lui prendre, les joyeux éclats de rire de l’assemblée l’encouragent à une nouvelle tentative, et tandis que l’orchestre exécute une symphonie qui prétend imiter le ramage de plusieurs oiseaux, un cri général s’élève de toute la salle ; on demande bis de toutes parts. Les applaudissements redoublés et une pluie de bouquets témoignent assez du succès remporté ce soir-là par le rossignol (NIGHTINGALE). La voix de lady Steyne domine tous les bravos. Becky, le rossignol, ramasse toutes les fleurs qu’on lui a jetées et fait aux spectateurs un gracieux salut, digne de l’actrice la plus renommée.

Lord Steyne était au paroxysme de l’admiration, l’enthousiasme de ses hôtes égalait, du reste, le sien. On ne songeait guère maintenant à la séduisante houri aux yeux noirs, dont l’apparition dans la première charade avait été accueillie avec un si