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— Ce n’est rien, mon enfant, » répondit-elle en l’embrassant.

Ce soir-là, Amélia fit lire à haute voix, par son fils, l’histoire de Samuel que sa mère Anne porta au grand prêtre Élie pour qu’il fût consacré au Seigneur. Il lut aussi le cantique d’actions de grâce qu’Anne chanta dans le temple en l’honneur de celui qui fait les riches et les pauvres, qui exalte ou qui humilie, où Dieu promet au malheureux de le tirer de son abaissement et menace le riche dans sa puissance. Il lut ensuite le chapitre où l’on voit la mère de Samuel faisant un vêtement pour son fils et le lui apportant chaque année au temple en venant sacrifier, et la mère de George laissant parler son cœur, fit à George, avec ses naïves inspirations, le commentaire de cette touchante histoire. Anne aimait tendrement son fils, mais fidèle au vœu qu’elle avait fait, elle le consacra au Seigneur, et certes, elle ne l’oubliait pas, puisque dans sa retraite elle lui filait une tunique de laine ; et Samuel non plus, n’oubliait pas sa mère ; et celle-ci fut bien heureuse lorsqu’au bout de quelques années, et les années passent rapidement, elle put se retrouver avec son fils, grandi en sagesse et en vertu.

Amélia adressa à l’enfant cette petite instruction d’une voix douce et solennelle et parvint assez longtemps à réprimer ses larmes ; mais lorsqu’elle en fut venue à parler de leur réunion, alors elle éclata en sanglots, alors la douleur l’étouffa, alors elle serra l’enfant contre son sein, l’entourant de ses bras et versant sur lui de saintes et précieuses larmes.

Désormais sa résolution était arrêtée, elle prit en conséquence les dispositions nécessaires pour l’exécuter. Miss Osborne recevait à quelques jours de là une lettre d’Amélia. Il y avait bien longtemps que cette adresse ne s’était trouvée sous la plume d’Amélia, et en traçant ce nom, elle se rappelait sa jeunesse, ses amours, son bonheur évanoui. Miss Osborne rougit beaucoup et regarda son père qui, dans son fauteuil à l’autre extrémité de la table était plongé dans une morne tristesse.

Amélia lui exposait avec simplicité les motifs qui l’avaient déterminée à changer de résolution à l’égard de son fils ; de nouveaux malheurs étaient venus fondre sur son père et avaient achevé sa ruine. Ses propres ressources étaient si modestes qu’elles suffisaient à peine pour soutenir ses parents et par suite