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— Un très-grand bonheur, » dit Rebecca en levant au ciel ses petits yeux verts.

Et, en effet, elle se trouvait fort heureuse de quitter ce château, dont elle ne s’éloignait pourtant pas sans un certain regret. On mourait d’ennui à Crawley-la-Reine, mais l’air y était plus pur que celui que l’on respirait à Londres. Les personnages qui l’habitaient étaient on ne peut plus monotones, mais ils témoignaient à leurs visiteurs toutes les prévenances dont ils étaient capables.

« Il n’y a rien de plus facile que d’être aimable lorsqu’on a du trois pour cent, » se disait Rebecca, non sans quelque apparence de vérité.

Les réverbères de Londres illuminaient les rues de leurs rougeâtres clartés lorsque la diligence entra dans Piccadilly. Briggs avait allumé un feu splendide pour fêter le retour de Rawdon et de sa femme, et le petit garçon était resté sur pied pour embrasser le soir même son père et sa mère.


CHAPITRE X.

Où l’on revient à la famille Osborne.

Voici bien longtemps que nous n’avons aucune nouvelle de notre respectable ami M. Osborne de Russell-Square. Depuis que nous l’avons quitté, les événements qu’il avait traversés n’étaient point de nature à adoucir son caractère ; tout, au contraire, semblait désormais aller à l’encontre de ses souhaits. La moindre résistance avait toujours exaspéré ce vieillard, et l’âge, la goutte, l’abandon, la ruine de ses espérances ne firent qu’augmenter chez lui cette disposition et aigrir son humeur. Ses cheveux noirs et épais blanchirent rapidement après la mort de son fils, sa figure se couperosa ; sa main tremblante pouvait à peine porter jusqu’à sa bouche son verre de porto ; ses bureaux étaient devenus un enfer pour ses commis, et le séjour de sa maison n’était guère plus tolérable.

Rebecca, qui priait le ciel avec tant de ferveur de lui envoyer des