Page:Thackeray - La Foire aux Vanites 2.djvu/100

Cette page n’a pas encore été corrigée


De temps à autre, les demoiselles Dobbin, sur la recommandation pressante de leur frère, venaient prendre Amélia dans la grande calèche de famille et la conduisaient à la promenade, elle et son petit garçon. Ce qui gâtait ces prévenances, c’étaient les grands airs protecteurs de ces dames. Amélia en était bien un peu froissée ; mais elle en prenait son parti avec une résignation parfaite, car sa nature la portait à la patience et à la soumission, et, de plus, le petit Georgy était ravi d’aller dans le grand carrosse traîné par les grands chevaux. De loin en loin, ces demoiselles demandaient à Amélia que l’enfant vînt passer une journée chez elles. Pour lui, c’était une fête toutes les fois qu’il lui arrivait pareille invitation, et il était toujours prêt à aller se promener dans un beau jardin, où il se trouvait de magnifiques raisins dans les serres et d’excellentes pêches sur les espaliers.

Un jour, Amélia les vit arriver toutes joyeuses. Elles apportaient, disaient-elles, des nouvelles qui ne pouvaient manquer de lui faire plaisir, c’était une chose qui intéressait vivement ce cher William.

« Qu’est-ce donc ? demanda Amélia avec des yeux où brillait la joie. Va-t-il donc revenir parmi nous ? »

Eh ! mon Dieu, non, il s’agissait de bien autre chose ; elles avaient de fortes raisons pour croire qu’il allait enfin se marier avec une parente d’une des bonnes amies d’Amélia, avec miss Glorvina O’Dowd, sœur de messire Michel O’Dowd, laquelle avait été rejoindre lady O’Dowd à Madras ; c’était une belle et charmante fille au rapport de tout le monde.

Amélia poussa seulement un petit cri ; puis elle déclara qu’elle était très-heureuse, mais très-heureuse de cette nouvelle. Glorvina ne pouvait manquer de posséder toutes les qualités de sa sœur ; et… en vérité Amélia était enchantée, ravie de cet événement. Amélia cédant à une de ces impulsions involontaires dont il est toujours si difficile d’expliquer la cause, prit George dans ses bras, le serra fortement contre son cœur : il y avait je ne sais quoi de convulsif dans cette caresse, et ses yeux étaient tout humides de larmes quand elle remit l’enfant à terre. Elle prononça à peine une parole pendant toute cette promenade, et pourtant elle était au comble de la satisfaction, oui, au comble de la satisfaction. »


CHAPITRE VII.