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nus respondit : Non milito caput mihi præcide ; non milito sæculo, sed milito Deo meo, etc. Nostre père fait en la même page cette note : Nempe Romani metiri solebant tirones, quoi militiæ adscribebant, ita ut senos pedes, vel certe quinos et denas uncias habentes inter alares equitos, vel in primis legionum cohortibus probarentur, leste Vegetio in lib. I cap. 5.

III. Michel Molinos est un prestre espagnol de Saragoce[1]. Il vint à Rome il y a plus ou moins trente ans. Il y acquit la réputation d’un homme fort spirituel et avancé dans l’oraison et la contemplation. C’estoit le plus grand directeur de l’Italie. Non seulement les personnes de qualité de Rome se rapportoient à luy de leur conscience, mais il dirigeoit par lettres plusieurs seculiers, et même des religieuses dans diverses provinces de l’Italie et d’Espagne. Le feu pape Innocent XI le prenoit pour un saint, et il est constant qu’il l’avoit écrit dans la liste des cardinaux qu’il devoit nommer[2] : de sorte que si la lenteur et l’irresolution naturelle de ce pontife ne l’eut pas retardé, on auroit vu Molinos revetu de la pourpre romaine. Entre autres personnes eloignées qu’il dirigeoit, il se trouva une religieuse d’une ville episcopale du royaume de Naples. L’Evesque de cette ville étant venu à Rome, et parlant au Pape, le Saint Pere luy demanda pourquoy il ne disoit mot de cette sainte ame, qu’il avoit dans un couvent de sa ville. Sur ce que l’Evesque répondit qu’il n’en avoit jamais entendu parler, le Pape le mortifia et luy reprocha fortement sa negligence à l’acquit de son devoir, etc. L’Evesque, de retour à son diocèse, fut au monastère, et y entra pour voir cette religieuse dont le Pape luy avoit parlé si avantageusement. Elle, surprise de cette visite, à quoy elle ne s’attendoit pas, ne voulut pas voir l’Evesque ; elle se renferma dans sa chambre et s’y barricada. On en soupçonna du mal : la chambre fut ouverte de force, et pour abréger on trouva dans cette cellule quantité de lettres écrites de la main de Molinos, où toute l’ordure de sa perni-

  1. Suivant le Moréri de 1759, Molinos naquit « dans le diocèse de Saragosse » en 1627, ce que répète religieusement la Biographie universelle. M. H. Fisquet (Nouvelle Biographie générale), fait naître le bizarre théologien « près de Saragosse ». Comment Ticknor n’a-t-il pas mentionné Molinos dans son Histoire de la littérature espagnole ? Voir sur Molinos et son procès diverses lettres écrites de Rome par plusieurs Bénédictins dans le recueil de Valéry (Correspondance inédite de Mabillon et de Montfaucon avec l’Italie). Voir encore sur Molinos les Mystiques espagnols de M. Rousselot, ouvrage qui a eu deux éditions. (Paris, Didier, in-8°.)
  2. Connaissait-on cette particularité que l’affirmation si précise de Dom Germain rend indubitable ?