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nuit. Car le monde civilisé se conjouit présentement. Voici le jour natal, voici l’heure solennelle du « Rédempteur » à qui nous devons la Saint-Barthélémy, l’Inquisition, les Dragonnades et le R. P. Dulac. Chacun célèbre à sa manière le « gluant » de Bethléem : les ânes patriotes et les bœufs cléricaux et le Joseph de la villa Dupont. L’adoration des mages s’effectue comme par le passé. Le roi nègre Cassagnac offre l’encens — thus et myrrham — de sa copie ; Melchior Drumont, l’or chapardé aux juifs de la rue Bab-Azoun, tandis qu’Arthur Meyer, descendu de chameau, fait agréer l’oliban de ses hautes manières. Les personnes enclines à la mysticité s’indigèrent de sacrements à l’heure où d’autres bedeaux tortorent de la charcuterie à s’en faire crever. Le boudin, cette nuit, devient eucharistique ; le pain des anges assume un petit goût d’oignon ; les pochards, attendris par un mélange de vinasse et de chrétienté, barytonnent des Noëls en contre-point de leurs indigestions :

De notre foi que la lumière ardente
Nous mène tous au berceau de l’enfant.