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Page:Tailhade - À travers les grouins, 1899.djvu/149

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Page 32 : Voilà donc quels vengeurs s’arment pour la querelle !


— Ce n’est pas sans motif que l’on se fait syndicataire, palabra mon ami l’esthète Purazur, mâchonnant son neuvième cigare à la porte du café.

Autour de nous Paris s’abêtissait devant la bière de mars et le bouillon d’onze heures, jetant de la fumée en proférant des sentences négligeables. Comme j’acquiesçais d’un air à la fois entendu et somnolent, il érigea, dans la buée aromatique, un poing démonstrateur. — C’est, dit-il, une question d’heure et de tempérament. Au lendemain de la dégradation, vinrent à nous les premiers dreyfusards sur une poussée d’égo-altruisme propre à leur faire honneur. Quoi ! n’était-ce pas assez d’avoir infligé à l’innocent une telle misère ? Fallait-il qu’un Talmeyr déchargeât sur lui son catarrhe et qu’Arthur Meyer lui lançât au visage le pied malpropre de ses bidets ? Plus d’une femme en repartit, émue, l’entendant crier : Vive la France ! » et plusieurs, hostiles au début, ne savaient que penser en revenant chez soi.

D’aucuns, mus par l’honnêteté du vieillard Scheurer,