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Page:Tailhade - À travers les grouins, 1899.djvu/147

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d’une année, qu’il vient d’exécuter la parade en question. Compagnons d’études au lycée de Nancy, Barrès et le pauvre Stanislas avaient entre eux un abîme infranchissable à la province. Envieux déjà, Barrès ne voyait point sans jaunisse l’héritier du marquis de Guaita frayer dans un monde où lui, marjolet sorti d’une maison infime en bourgeoisie, n’était admis que par dédaigneuse faveur. Guaita, généreux et débonnaire, comblait gracieusement le fossé. Mais son haineux condisciple n’en verdissait pas moins de rage contenue. Il le lui fit bleu voir aux heures où Guaita, confiant dans les souvenirs de jeunesse, voulut obtenir quelques bons offices de la plus banale catégorie : communication aux journaux, assistance dans les duels. Barrès refusait net, de cet air godiche et emprunté qui le caractérise.

À présent, il bat la caisse et prend orgueil de l’occultiste mort. Ceux qui aimèrent Guaita ont lieu de s’étonner. Barrès fréquentait peu chez ce parfait gentleman. Son manque de tenue aurait mis quelque froid. Devant les amies de Guaita, le délicieux auteur d’Un homme libre se vautrait dans les fauteuils et posait sur la cheminée ses pieds interminables, au point qu’on oublia toujours de le con-