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HISTOIRE DES CANADIENS-FRANÇAIS

du Mississipi jusqu’aux Illinois et gagner ensuite le Canada, ont été arrêtés par les Mascoutens et Quicapous et menés dans la rivière au Bœuf à dessein de les livrer aux Renards, et que le sieur de Montbrun et son frère, avec un autre Français, s’étaient échappés[1] de leurs mains la veille qu’ils devaient être remis à ces Sauvages. Le dit sieur de Montbrun a laissé son frère malade aux Tamaroids et est venu donner cette nouvelle à M. le général. » Le 25, octobre, même année, M. de Beauharnois écrit au ministre que Montbrun, qui avait été pris par les Mascoutens et les Quicapous « en revenant du fort des Sioux » mérite de l’avancement. « Il est cadet dans les troupes et très excellent sujet. Le sieur de la Jemeraye, qui était resté chez les Sioux avec quelques Français, et qui a amené des chefs Renards à la rivière Saint-Joseph… ne mérite pas moins, monseigneur, l’honneur de votre protection… Le fort que les Français ont bâti au Sioux, sur le bord du lac Pépin, paraît mal situé, par rapport aux débordements des eaux, mais aussi elles ont monté, en 1727, comme elle n’avaient point encore fait, sur le dire des Sauvages, et on pourrait y ajouter foi puisque cette année elles n’ont point approché du fort. Lorsque le sieur de la Perrière a placé le fort dans cet endroit il s’était fait informer avant, par des Sauvages, s’il pouvait être à l’abri des inondations, et il lui fut répondu que les eaux ne montaient point jusque là. Il considéra en même temps qu’il ne pouvait le placer dans un endroit plus avantageux, tant par rapport à la quantité de la terre propre à la culture qu’à cause de l’abondance de la chasse. Ces deux raisons, aussi nécessaires l’une que l’autre, joint à ce que ces Sauvages lui avaient dit au sujet de l’inondation qu’il craignait, lui firent prendre le parti de placer ce fort dans cet endroit, après en avoir considéré tous les avantages. Mais comme il pourrait arriver que les eaux montassent, comme elles ont fait en 1727, l’on pourra porter ce fort à quatre ou cinq arpents des bords du lac, sans que cet éloignement pût préjudicier aux vues que l’on avait eues de le bâtir dans l’endroit où il est. Il ne paraît pas vraisemblable, monseigneur, que cet établissement, non plus que le fort, ait pu donner aucun ombrage aux Sioux, qui l’avaient eux-mêmes demandé ; et la bonne réception qu’ils ont faite aux Français à leur arrivée chez eux paraît contredire ce que l’on vous a mandé à ce sujet. Il est bien vrai que peu après l’arrivée des Français, ces Sauvages partirent pour aller en chasse, comme ils ont coutume de faire pour leur subsistance et celle de leur famille qui n’ont que ce secours pour vivre, ne faisant aucune semence. Je viens d’être informé que le motif de leur absence n’avait été occasionné que par une rencontre qu’ils firent (étant arrivés au lieu de leur chasse) de plusieurs Sioux des prairies, qui les invitèrent de se joindre à eux pour aller en guerre contre les Mackas, ce qu’ils acceptèrent et qui fut cause que l’on n’eut point de leurs nouvelles par le canot que le sieur de la Perrière avait envoyé avec dix hommes pour s’informer de ce qu’ils étaient devenus, puisqu’ils ne revinrent qu’au mois de juillet suivant. Lorsque vous m’avez fait l’honneur de me mander que je ne vous avais rien dit sur les vues que j’avais eu d’établir le poste des Sioux, ce n’a été, monseigneur, qu’en exécution de l’article du mémoire du roi, de 1726, qui

  1. Ce qui nous reste de la Relation de Boucherville ne mentionne pas ce fait.