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Page:Sully Prudhomme - Poésies 1866-1872, 1872.djvu/88

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De l’épaule, du dos, des mains et de la tête
Accélérant leur fuite, il aide la tempête.
Ah ! la vague sinistre aux gorges de Scylla
Hurle moins haut l’hiver que ce déluge-là,
Et les coques des nefs que froissent les tourmentes
S’entre-choquent moins fort que ces vastes charpentes.
La mer Ionienne, où roulent les débris,
Semble au loin toute noire à ses Tritons surpris ;
Et sur cette débâcle aux bienfaisants désastres
Se lèvent quatre fois et se couchent les astres.
Enfin l’eau sans effort lèche les noirs pavés,
Et les laisse en passant derrière elle lavés.

Alors, comme un vainqueur dans la ville en alarmes
Court annoncer la paix, tout en sang sous les armes,
Il ne secoua pas sa fange, et sans délais,
Suivi du peuple, en fête, alla droit au palais.
Ses cheveux dégouttaient sur son front et ses joues,
Et, dans sa joie, Alcide enveloppé de boues
Ressemblait, non moins beau mais plus terrible encor,
A l’ébauche d’un dieu de marbre noir et d’or.
Il parut ; la hauteur de ses regards farouches
Déconcerta le rire éveillé sur les bouches,
Car les fils d’Augias, de sa gloire envieux,