Ouvrir le menu principal

Page:Sully Prudhomme - Poésies 1866-1872, 1872.djvu/82

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Le roi, dans son palais enfermé tout le jour,
Laissait gronder le peuple et s’étourdir la cour,
Et, pendant que ses fils, beaux, et fiers de leur âge,
Présomptueux, traitant la mort avec outrage,
Se gorgeaient à grand bruit de viande et de boisson
Et dévoraient d’un coup la dernière moisson,
Inutile témoin du mal qui l’environne,
Il pesait tristement ses trésors, la couronne
Qui ne conserve pas ce qu’un fléau détruit,
Et l’or qui n’est plus rien quand la terre est sans fruit.
Ainsi se lamentait sa vieillesse frustrée,
Quand il apprit qu’Alcide explorait la contrée.
Il l’envoya quérir et lui dit son malheur :
« Vois les maux que nous font la peste et la chaleur,
Le soc abandonné par des mains misérables,
L’air infect et la mort. Lave donc mes étables,
Et je t’offre une part de mon bien le plus cher,
Un dixième des bœufs. » Le fils de Jupiter,
Trois fois grand par le cœur, la force et la stature,
Sourit au seul penser d’une utile aventure ;
Mais comme il voyait là les nombreux fils du roi :
« Le péril tout entier ne sera pas pour moi ;
N’ayant droit qu’à mon lot, jeunes gens, je m’étonne
Que le reste n’en soit réclamé de personne. »