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Page:Sully Prudhomme - Poésies 1866-1872, 1872.djvu/240

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Tandis que sous nos murs l’aigle à la froide serre
Amène ses pillards par les sentiers des loups,
Et que les autres bois font avec eux la guerre,
        Ceux-là du moins la font pour nous.

Comme une vaste armée arrêtée en silence
Écoute-au loin rouler un galop d’escadrons,
Des arbres abattus les innombrables troncs
Attendent, menaçants, taillés en fer de lance ;
Les souches des plus gros siègent comme un sénat
Qui, dans un grand péril, se recueille, et balance
        Les chances du dernier combat.

Seuls, ces débris guerriers des beaux chênes demeurent ;
L’eau qui baignait leur pied n’est plus qu’un bourbier noir.
On ne reviendra plus à leur ombre s’asseoir :
Les couples sont brisés, tous ceux qui s’aiment pleurent ;
Leurs gardiens d’autrefois se sont faits leurs bourreaux ;
Plus de nids, plus d’amours ! Qu’ils tombent donc et meurent
        Comme les hommes, en héros !

Jeunes et vieux, ô vous, martyrs de toutes sortes,
Qui, par une mitraille invisible assaillis,
Tombez en maudissant l’épaisseur des taillis,